La nature m’a donné une bonne leçon aujourd’hui. Il faut la respecter.
20 décembre 2025.
Il ne faisait pas beau aujourd’hui à Schefferville. J’ai quand même décidé de partir en motoneige pour prendre des photos et des vidéos, afin de montrer ce à quoi peut ressembler une tempête dans le Nord. Quand je parle du Nord, je ne parle pas des Laurentides, mais bien du 55e parallèle !
Il fait -22 °C. Ce n’est pas trop froid, mais on a des rafales de vent entre 70 et 100 km/h. Bref, je m’habille chaudement : jambières Kamik, parka Canada Goose Expedition, passe-montagne, chapeau de fourrure, lunettes de ski et bottes de motoneige. J’apporte mon téléphone satellite au cas où et une paire de raquettes.
Je sors sur le lac Knob et il y a des lames de neige tous les 4 à 5 mètres. Je prends quelques clichés avec mes appareils photo et des vidéos avec la GoPro. Je quitte le lac avec l’idée de me rendre au lac Malcolm. La neige des derniers jours et les vents violents ont effacé toute trace de sentier. Je me prends (m’enlise) une première fois. Je sors la pelle et, au bout de 15 minutes, je me déprends. Je me dis alors que c’est une mauvaise idée. Je passe par le bois pour revenir et je me coince encore une fois. J’ai de la neige jusqu’à la taille ; je sors encore la pelle et je tape un chemin pour sortir.
Une fois reparti, je me dis que je ne dois pas lâcher l’accélérateur. Je suis en plein bois, tentant de manœuvrer entre les arbres, quand je me retrouve face à l’un d’eux, d’environ 3 à 4 pouces de diamètre, que je ne peux éviter. J’ai bien tenté de braver, mais ça ne voulait plus tourner. J’ai eu beau tirer pour faire pencher la motoneige, rien à faire : j’ai dû m’arrêter à 2 pouces de l’arbre. Évidemment, dans une telle épaisseur de neige, ça ne recule pas. Heureusement, j’avais une hache. Je prends la pelle, je creuse à côté de l’arbre et je le coupe à la base.
Finalement, je réussis à repartir et à manœuvrer jusqu’au bout du sentier, face à l’aéroport. Tout content, sachant qu’il y a du « dur » en dessous, j’embarque sur ce que je crois être du solide… mais la tempête ayant caché le sentier, je me rends compte trop tard que je suis juste à côté ! Il commence à faire pas mal noir. Je me rappelle que j’ai une lampe frontale dans le coffre.
Je mets mes raquettes de peine et de misère à cause de mon ménisque déchiré. Les fixations sont gelées. Au bout d’une trentaine de minutes, j’ai enfin mes raquettes aux pieds. Je fais une dernière tentative pour sortir la motoneige, mais elle ne veut rien savoir. J’ai une idée : je sors le téléphone satellite pour appeler Chantale pour qu’elle demande à André s’il ne pourrait pas venir me déprendre.
Sacrament, le téléphone est gelé ! Je le réchauffe un peu dans mon manteau. L’appel se rend, ça sonne, mais le téléphone s’éteint avant qu’on me réponde. Bon, je vais y aller à pied. C’est juste 4 km, mais je me dis que je vais faire une vidéo avant de partir. La GoPro est gelée et ne s’allume pas. Bon, pas grave. Je prends la pelle pliante pour me servir de canne, j’enfile mes lunettes de ski et, comme de raison, elles sont givrées de part en part ; je ne vois rien au travers.
Je tente alors un autre appel et, cette fois, ça marche, mais je tombe sur le répondeur. Je lui dis que je suis au bout du sentier de l’aéroport et de demander à André de venir à ma rencontre, mais je remarque que le téléphone s’est encore éteint. Je le rallume et le remets à l’intérieur de ma salopette. Je marchais vers la piste d’atterrissage lorsque j’ai entendu sonner. C’était Chantale qui n’avait rien compris à mon message. J’explique la situation, mais je lui dis que j’ai finalement décidé de rentrer à pied. Elle me demande de l’appeler aussitôt que j’arrive à la maison.
Arrivé au bout du sentier, la neige est trop profonde pour continuer. Je dois rebrousser chemin et passer par le lac. Je tente de retrouver le chemin par où je suis arrivé en motoneige, mais le vent a tout effacé. Finalement, je trouve une pente pas trop abrupte (mon ménisque n’aime pas trop les descentes et tient à me le rappeler). Je me sers de la pelle pour me ralentir. Ça va, je suis sur le lac, mais face au vent !
Je sors les lunettes, mais il n’y a rien à faire elle sont encore gelée. Les lames de neige ont doublé de grosseur. On dirait que je monte des escaliers. Le genou me fait mal, je décide de zigzaguer entre les lames. Le vent me fouette les yeux. Je fais deux pas les yeux fermés, trois pas les yeux ouvert… Je fouille dans mon manteau pour voir si mes lunettes sont dégelées : surprise, elles ne sont plus là ! J’ai dû les perdre quelque part sur le lac. On va s’en passer…
Je continue, zigzaguant parfois entre les lames de neige, montant parfois dessus. Je tiens toujours ma pelle, et j’ai les doigts qui gèlent. Elle n’est pas grosse, mais c’est assez pour que deux violentes rafales s’en emparent comme d’une voile et me jettent à terre. Finalement arrivé au bout du lac, je ne trouvais plus la sortie. Les aulnes et la neige profonde m’empêchaient de sortir. Je voyais bien les lumières de la ville, mais avec le faible faisceau de ma lampe frontale et la poudrerie, je ne discernais pas grand-chose.
Je me suis promené de long en large plusieurs fois. Je me suis dit qu’il y avait un passage qui menait près du poste de police. Je m’y suis rendu, mais la neige y était trop profonde. J’ai sorti mon téléphone cellulaire pour regarder Canada Map, mais il s’est éteint, gelé comme le reste ! Bon, je vais me rendre au Guest House sur la pointe. Ça me rallonge, mais quitte à errer, au moins je sais que je pourrai sortir par là !
Finalement, j’ai vu la butte par où j’étais passé 5 heures plus tôt en motoneige ! Le pire, c’est que j’étais passé devant au moins deux fois sans la voir. C’est qu’elle avait changé d’allure : la neige s’était accumulée et c’était devenu un mur plutôt qu’une pente. Je n’arrivais pas à la monter, mes raquettes glissaient. À plat ventre, j’essayais de m’aider de ma pelle pour grimper, mais rien à faire. Finalement, j’ai eu l’idée de me tailler des marches avec la fameuse pelle. Yes, ça a fonctionné !
J’ai repris le sentier, même si on ne le voyait plus. J’étais enfin dans le champ à côté de chez moi. Enfin !